5150 rue des OrmesAdapté du roman éponyme de Patrick Senecal, 5150 rue des Ormes d'Eric Tessier est un thriller sorti en 2009 et lauréat du prix Fantastic'Arts du festival fantastique de Gérardmer en 2010. Le Vortex vous propose d'en découvrir davantage sur ce film intriguant bien peu connu du grand public.

Film réalisé par Eric Tessier, sorti en 2009

Le pitch

Suite à une chute en vélo, Yannick, jeune étudiant en audiovisuel, se retrouve séquestré par la famille supposée le secourir: les Beaulieu, famille au combien complexe et déséquilibrée. Le père, Jacques, passionné d'échecs règne en despote sur sa femme bigote et soumise, Maud, tout en essayant de contrôler son ainée, Michelle, violente et insoumise. Seule la cadette, Anne, semble apporter à cette famille une touche de douceur...

L'action

Les premières minutes ne laissent guère présumer de la suite. Tous les clichés des films du genre sont là: le jeune homme sans histoire et plein d'avenir, le quartier tranquille et résidentiel, le journal vidéo de Yannick, la famille étrange mais unie. A priori, tout est rêglé: Yannick ne sortira pas vivant à l'issue des 1h50 de film. Le père est fou, la mère complice, la fille reprendra le flambeau.

Pourtant, ces lieux communs sont vite balayés. Jacques Beaulieu se pose d'emblée comme un chevalier des temps modernes, auto-proclamé le dernier des Justes traquant les "non justes" afin de les faire expier des péchés plus ou moins avouables. Dans son délire rédempteur, il va jusqu'à entraîner sa fille adolescente Michelle, victime de l'ambition pesante paternelle mais néanmoins désaxée et violente. Sa quête de justice, tout à fait subjective, est à ses yeux on ne peut plus justifiée: il ne tue pas par vice mais pour punir et abhorre toute violence inutile.

Jacques et Yannick entretiennent une relation étrange. Passé le premier rapport bourreau/victime où Jacques tente tant bien que mal d'expliquer à son otage la raison de son emprisonnement, alors que celui-ci ne songe naturellement qu'à fuir, leur rapport va évoluer. Loin du cliché du syndrome de Stockholm, c'est une quête quasi spirituelle qui fini par lier les deux hommes grâce aux diverses parties d'échecs: Jacques propose à Yannick de le libérer si celui-ci arrive à le battre tandis que celui-ci, perdant au fil du temps la raison, fait de cette victoire sa raison de vivre, de survivre mais surtout un moyen de prouver à Jacques (et par extension à son propre père que l'on voit en flashback lors des délires de Yannick) qu'il est capable.

Cette relation finie par supplanter celle qu'entretient Jacques avec Michelle, celle-ci n'étant plus la fille de son père en raison de son incompétence. Malgré l'amour porté à son père, la jeune femme ne peut supporter le poids de ce qu'elle qualifie elle-même "d'excès de morale" plutôt que de folie. A cette affection sans faille s'oppose son antipathie pour sa mère. Celle-ci tente en vain de préserver sa famille, de maintenir un semblant de normalité tout en souhaitant intérieurement un salut qui ne vient pas.

Dans ce chaos familial reste la petite Anne, muette et douce, spectatrice de la situation et probablement des précédents crimes paternels. En revanche son handicap n'empêche en rien sa parfaite conscience des choses. Là où sa mère garde le silence, montrant ainsi que son propre handicap est son manque de courage, Anne agit et tente de tuer son père. Si ses motivations restent finalement floues (défendre à son tour celui qui l'a défendu et offert des bonbons? Supprimer celui qui fait du mal à sa famille et à des inconnus?) elle n'en est pas moins la seule à agir frontalement. Présence silencieuse et accusatrice, elle dérange le spectateur tout autant que ses propres parents puisqu'elle les confronte à leurs actes.

Note finale: 8/10

Petit bijou du cinéma canadien qui n'a malheureusement pas vu le jour en France, 5150 rue des Ormes bénéficie d'un casting au jeu sobre mais efficace. Toute en psychologie, l'intrigue surprend jusqu'à la fin et ne laisse pas insensible le spectateur.

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